8 au 19 février 2027
80 h / 11 jours
Théâtre des Quartiers d’Ivry (TQI) - Centre Dramatique National
Inscriptions ouvertes
Chantier ouvert à 14 artistes comédien.ne.s professionnel.le.s souhaitant explorer l’écriture de Jean-Luc Lagarce
Dire aux autres
Le Pays Lointain
La première fois que j’ai entendu l’écriture de Jean-Luc Lagarce c’était en 2001 à Théâtre Ouvert ; Un travail de Joël Jouanneau avec la promotion de sortie du Conservatoire. Le choc que j’ai ressenti ce jour-là m’a accompagné toutes les années suivantes. J’ai essayé de comprendre ce qui m’avait tant marqué. C’était l’une des premières fois que j’allais au théâtre, était-ce le choc de la nouveauté ? Je ne crois pas. Je crois que le travail dans l’adresse à l’autre et la recherche en profondeur de la structure des phrases avait ce jour-là révélé la puissance de cette écriture. Travaillé comme un théâtre épique plutôt que comme un drame psychologique, adressé aussi bien au public qu’à ses partenaires, cette parole intime mettait à jour la force et la fragilité des êtres.
Plus de vingt ans après j’ai encore ces mêmes phrases avec les intonations des élèves du Conservatoire dans la tête.
Un chantier, c’est aussi la transmission d’un bouleversement, quelque chose qui touche à ce qui nous met en mouvement au théâtre. C’est ce mouvement-là, aujourd’hui, que nous éprouverons ensemble.
Je serai accompagnée pour cela de Caroline Arrouas, complice de travail de longue date, familière de l’écriture de Jean-Luc Lagarce et formidable comédienne.
Les écrits de Lagarce sont pour nous indissociables de ce qui pousse quelqu’un à monter sur scène, à « s’avancer dans la lumière » pour tenter de dire aux autres ce qu’on a trop longtemps retenu.
« Raconter ma part misérable et infime du Monde, celle qui me revient » écrit-il dans « Du luxe et de l’impuissance ». Avec, toujours, dans ses textes, le mélange entre cette nécessité absolue mais aussi ce qui l’accompagne : l’humour, l’élégance, la pudeur et la « désinvolture ».
Ce chantier sera aussi l’occasion d’interroger ce qui vous met en mouvement, ce qui vous a marqué au théâtre, la mémoire d’une représentation précise, et pourquoi. A quoi êtes-vous sensible en tant que spectateur.ice, quand quelque chose vous atteint au cœur ?
Le Pays Lointain c’est une version « augmentée » de Juste la fin du monde. Jean-Luc Lagarce l'a écrite après que son premier texte n’a essuyé que des refus. Dans Le Pays Lointain il revient avec plusieurs personnages, Louis étant cette fois-ci entouré de ses anciens amants, de ses amies, de ses fantômes, de son autre famille, celle qu’il s’est constituée. Mais le point de départ est le même : revenir sur ses traces et annoncer sa mort prochaine. C’est une variante de la même pièce.
« Rien jamais ici ne se dit facilement » dit Antoine, le frère. Il y a toujours la peur du malentendu.
En ce sens c’est la matière idéale pour travailler le rapport à la parole sur un plateau, aux mots, à l’adresse. C'est un théâtre dont le texte est si fort, si catalyseur de théâtralité, qu'il n'a pas besoin d’autres outils pour tenir debout. Il repose sur la précision et l’engagement, l’autonomie des actrices et des acteurs.
Il y a dans la préface de Jean-Pierre Sarrazac de l’édition de Juste la fin du monde cette phrase « Des paroles en apparences anodines viennent percuter les corps, les déstabiliser, les faire vaciller ou tomber comme des quilles ». Cette phrase nous accompagnera dans le travail, sur le pouvoir accordé aux mots et à la précision de la pensée, sur la nécessité absolue d’être au présent, et de ne pas perdre ce présent sur la longueur, par exemple sur les grandes logorrhées adressées à Louis.
C’est une pièce aussi sur l’écoute, celle de Louis, celle de celles et ceux qui se sont retenus et n’ont pas pu parler à Louis pendant toutes ses années d’absence. Alterner les rôles au cours du chantier (passer par Louis puis par celles et ceux qui s’adressent à lui) permettra d’expérimenter à la fois la posture de celui qui écoute et de celui qui prend la parole.
Ensemble, nous plongerons avec joie dans ce Pays Lointain avec, autour de nous, trois autres textes amis : « Du luxe et de l’impuissance », « Trois récits » et son « Journal », dont les passages nous éclairent sur la genèse du Pays Lointain.
Le matin, nous travaillerons sur ces récits dans un rapport frontal au public, l’après-midi, nous constituerons deux groupes pour nous concentrer sur les scènes du Pays Lointain.
Marie Rémond



